Il est vrai que, petite, je fusse fort friande de mon lecteur cassette d'où émanaient toutes sortes d'histoires pour bambins à faire trembler les murs les plus courageux. Il eut été étrange de ne pas vouloir faire partager cela avec le fruit de mes entrailles. Tout de go je m'empressais d'acheter (oui, oui, acheter et non télécharger, une fois n'est pas coutume) l'encyclopédie universalis des contes pour enfants en trois volumes. Le sourire aux lèvres, l'oreille tendue, je guettais l'émerveillement naissant sur le visage poupon de mon gnome à deux pattes. Quelle ne fût pas ma surprise quand les réminiscences des souvenirs que je gardais au chaud furent désappointées par la réalité crue et sans appel de la morale de Barbe Bleue.
Point de fin à la "Experts Las Vegas" où les gentils triomphent toujours, point d'empathie pour la jouvencelle fraîchement mariée qui découvre que son mari est un serial killer. Non, la morale de cette histoire n'est point que de tuer ses précédentes femmes et de les dépecer (si, si), est mal. La morale de cette histoire est que la curiosité de sa jeune mariée est un très vilain défaut. Bon.
Dans cet encéphale bien pensant je me dis que cet histoire est une erreur parmi pléthores de jolies comptines et continue sur ma lancée de redécouverte audio-phonique. Les bras m'en tombent quand la bergère lapide son petit chat, sus chanté "très fripon", après qu'il ait osé déroger à son ordre de ne pas boire le lait de mouton (du lait de mouton, soit). La morale est donc, si je ne me trompe, que les animaux doivent taire leurs instincts primaires au risque de se voir déboyauter dans la seconde.
Taisons peut-être aussi cette comptine digne des banlieue de Lyon où la mère Michelle doit donner une rançon contre son chat bien-aimé. Celle où la désobéissance d'un enfant se solde par une mort atroce sur l'pont du Nord. Attention à votre fils qui pourrait développer une névrose certaine à l'écoute de gentil coquelicot où il est dit que les hommes ne valent rien et les garçons encore bien moins. Une envie de violence à l'adolescence? Regardez du côté de pomme de reinette et pomme d'api qui propose aux enfants de donner un coup de marteau si un de leur camarade ne suit pas leur directive.
Après toutes ces jolies choses implantées dans notre cerveau dès le plus jeune âge je trouve donc bien étrange de me voir totalement perturbée à la lecture du fait divers concernant ce gentil pédophile reconnaissant les viols de 60 enfants et libéré pour CHF 10'000 (environ € 8'000) car l'extradition Suisse-France n'est apparemment pas totalement au clair. Ce que j'ai pourtant apprit de ces fables c'est que ceux qui doivent être emprisonnés sont au mieux ces petits bâtards ignares qui parlent au premier venu et au pire les parents inconscients qui n'ont pas mieux élever leur progéniture.
Alors oui, je sais, la peur, la violence, la mort ... doivent faire parti du processus de développement de l'enfant blablabla. Mais dans ce contexte fort perturbant pour un nouveau parent élevé avec des chansonnettes du moyen âge où l'usage de la violence n'était pas aussi décriée comment trouver son juste milieu avec un livre de Rufo et les lingettes Bio? Comment expliquer à ma fille la finalité d'une fable quand moi-même j'ai du lutter pour retenir une larme lors du passage à tabac du petit chat? Comment survivre à l'idée d'envoyer ma fille en colonie quand moi-même j'ai adoré cette expérience survenue bien avant tous les drames Dutroux et compagnie? Comment ne pas céder à la laisse pour enfant si abjecte aux vues de tout ces kidnapping d'enfants?
En devenant parent je m'attendais bien à avoir quelques frayeurs, mais certainement pas à remettre en question l'écoute du bon Roi Dagobert!
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